ASSOCIATION FRANÇAISE
d'AGROFORESTERIE
 
 
L’AGROFORESTERIE A LA CONFERENCE RIO +20
 
Dans le cadre de la conférence Rio+20, l’Association Française d'Agroforesterie souhaite présenter  l’agroforesterie et les techniques d’agriculture de conservation qui lui sont liées.

DES ARBRES HORS FORET POUR DES BIENS ET SERVICES HORS PAIR

Développée dans de nombreuses zones du globe, l’agroforesterie est souvent présentée comme un modèle pour les pays du sud. Mais elle a également toute sa place dans le reste du monde. Dans un contexte de compétition pour l’usage des terres et la raréfaction des ressources, l’avenir de l’arbre est aussi hors-forêt, au cœur des parcelles agricoles. Quoi de mieux que des arbres équitablement répartis sur les territoires pour amortir les chocs climatiques, améliorer la ressource en eau, favoriser la biodiversité, injecter durablement de la vie et du carbone dans les sols tout en maintenant une productivité agricole optimale et en réduisant les intrants.
Produire et protéger: l’agroforesterie innovante d’aujourd’hui repose sur toutes les formes d’association entre arbres et cultures (ou animaux) sur une même parcelle (alignements, haies, bords de route ou de rivière, sylvopastoralisme, pré-vergers…). Elle est un maillon essentiel de la durabilité et la performance des écosystèmes agricoles. Des principes simples, peu coûteux et universels qu’il est temps de faire émerger et de partager avec le plus grand nombre. Le modèle de la forêt et de l’arbre frugal est très efficace au cœur des parcelles. Voici un message positif qui réconcilie agriculteurs et forestiers : les arbres ne sont plus à considérer comme une contrainte mais bien une opportunité au regard de tous les biens et services rendus.

L’agriculture, qui partout dans le monde appauvrit les sols et prélève de l’espace sur la forêt, doit et peut s’insérer naturellement et efficacement dans les problématiques environnementales et ce à grande échelle. L’agroforesterie est économe en énergie ; elle maximise la photosynthèse et permet en conséquence aux sols vivants de fixer durablement le carbone : l’agriculture du carbone est en marche. L’antagonisme entre agriculture et environnement, productivité et protection n’a plus lieu d’être. Désormais, grâce à l’arbre qui améliore son milieu, biomasse peut rimer avec biodiversité.

L’ARBRE COMME MODELE  POUR UNE AGRICULTURE INNOVANTE D’AVENIR

Construire une agriculture performante et durable, optimiser la production à la surface tout en préservant les ressources naturelles, assurer la viabilité des exploitations sont les enjeux de l’agriculture de demain. L’agroforesterie fait partie des perspectives agroécologiques les plus prometteuses pour relever ce défi. Dans un contexte de changement climatique, de coût croissant des énergies fossiles et des intrants, l’arbre, parce qu’il produit et protège en même temps, peut retrouver sa place en agriculture.

Si l’agriculture des zones tempérées a su s’affranchir des arbres, grâce à un climat qui stabilise la fertilité et au développement des intrants et de la mécanisation, force est de constater qu’il est aujourd’hui difficile d’envisager une agriculture durable sans sa présence.

Les leçons tirées des pratiques traditionnelles, de la recherche et du développement, des expérimentations et de l’implication des agriculteurs ont permis d’optimiser des systèmes agroforestiers durables et performants qui répondent aux enjeux agronomiques, sociaux et environnementaux de cette nouvelle agriculture qui s’impose.

     
Il est aujourd’hui possible de passer, à moindre coût à une agriculture optimisée et performante, tant en productivité (biomasse, revenus) qu’en services environnementaux et collectifs.

 
De l’INRA , l’IRSTEA (ex Cemagref), le CIRAD , l’IRD , au World Agroforestry Center (ICRAF), en passant par le programme SAFE qui a réuni des chercheurs européens, de nombreux organismes se sont depuis longtemps penchés sur les potentiels de l’agroforesterie, dans toutes les zones du globes.

Améliorer la productivité des parcelles :

Les études de plusieurs décennies ont permis de mettre en évidence les gains de productivité que pouvait susciter l’association des arbres et des cultures sur une même parcelle. Ainsi, à partir de la conduite d’une parcelle expérimentale, de sa plantation à sa coupe, il a pu être démontré qu’une parcelle de 100ha en agroforesterie produisait autant de biomasse (bois et produits agricoles) qu’une parcelle de 136ha où les cultures auraient été séparées, soit un gain de 36% (INRA).
 

Optimiser les ressources du milieu et protéger les cultures et les animaux :

Ces gains de productivité s’expliquent par la présence des arbres: il s’agit ici d’une intensification agro-écologique, qui n’est pas basée sur les intrants, produits phytosanitaires ou machinisme, mais sur une meilleure utilisation des ressources du milieu (eau, lumière, minéraux…). En effet, de par des effets de compétition et/ou de facilitation, les arbres et les cultures créent un système de complémentarité : l’arbre remonte par exemple l’eau des couches profondes du sol pour la remettre à disposition des cultures de surface. La création d’un micro-climat sur la parcelle ou à l’échelle d’un bassin versant protège également les cultures et les animaux des coups de chaleur et permet de lutter contre la sécheresse. Dans un contexte de stagnation des rendements en grandes cultures qui préoccupe, l’arbre redevient un outil performant qui permet d’éviter les accidents climatiques notamment au printemps, responsables de cette stagnation.

Quantité et qualité de l’eau:

Une récente étude (Agroof, INRA, contrat Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse) a définitivement pu mettre en évidence la capacité de dépollution des arbres. Véritables filtres, ils peuvent limiter une grande partie du lessivage des nitrates et ainsi participer à limiter les pollutions des nappes phréatiques. Cette fonction est particulièrement intéressante pour la gestion des zones de captage en eau des agglomérations. De plus, ils augmentent la réserve utile en eau des sols en captant le ruissellement de surface et dans le sous-sol et limitent l’évaporation.

Stocker du carbone pour lutter contre le changement climatique :

Les arbres sont de véritables puits de carbone. Ils permettent non seulement d’atténuer les effets du changement climatique mais participent également à recapitaliser les sols en carbone.

Recréer une fertilité et une biodiversité in situ :

Grâce à la présence des éléments arborés, une continuité écologique se recrée sur tout le territoire et les populations, tant animales (auxiliaires des cultures, abeilles, gibier…) que végétales qui ont disparu avec la simplification des paysages se reconstituent.

Recréer des sols vivants et fertiles grâce à une alliance entre arbres et la couverture des sols favorise la réduction de l’utilisation des intrants et rend de nombreux services écologiques, pour toutes les agricultures et toutes les échelles. L’ONU et la FAO font d’ailleurs l’état dans le Millenium Ecosystems Assessment des services rendus par l’association arbres/ semis sous couverts végétaux : service d’approvisionnement (nourriture, bois, produits biochimiques…), de régulation (du climat, des maladies, de l’eau, pollinisation) et aussi culturels (écotourisme, patrimoine, aspect éducatif..)

L’ARBRE AU SERVICE DE TOUS 
Les avantages de l’agroforesterie ne sont plus à démontrer. Les rapports se multiplient et les résultats parlent d’eux-mêmes (rapport carbone du MAAPRAT 2009, Plan national d’adaptation au changement climatique du MEDDTL, rapport PNUE juin 2009, rapport sur la biodiversité du CESE…). Les esprits, en revanche, ont encore besoin de décompactage. Il est désormais temps d’agir et de supprimer les idées reçues.


L’agroforesterie n’est pas l’unique solution, au contraire, elle associe de nombreuses techniques qui s’insèrent dans la même dynamique : mise en place de couverts permanents, semis directs sous couverts, techniques culturales simplifiées…
Il n’existe pas une forme d’agroforesterie, mais une multitude, et qui se décline à toutes les échelles, de la parcelle au bassin versant. Elle satisfait ainsi tous les besoins, de l’agriculteur à la collectivité, en se plaçant au cœur de projets d’aménagements qui servent l’intérêt général.

     
 

L’ASSOCIATION FRANÇAISE D'AGROFORESTERIE

L’Association Française d'Agroforesterie, créée en 2007 à l’initiative d’experts en agroforesterie, bénéficie aujourd’hui d’une réelle représentativité de toutes les catégories socio-professionnelles liées à l’agriculture et à la forêt. Force de proposition, elle a accompagné la création de l’EURAF, association européenne d’agroforesterie, qu’elle continue d’appuyer, notamment dans ses actions pour l’évolution des réglementations européennes en faveur de l’agroforesterie.

 

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