ASSOCIATION FRANÇAISE
d'AGROFORESTERIE
L’AGROFORESTERIE
en 10 questions et 2 dessins


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1. Qu’est ce que l’agroforesterie ?

Ce sont toutes les pratiques agricoles qui intègrent l’arbre dans un environnement de production, et s’inspirent, en termes agronomiques, du modèle de la forêt.

La définition internationale de l’agroforesterie, tropicale et tempérée, proposée par l’ICRAF* est la suivante :

« Système dynamique de gestion des ressources naturelles reposant sur des fondements écologiques qui intègre des arbres dans les exploitations agricoles et le paysage rural et permet ainsi de diversifier et maintenir la production afin d’améliorer les conditions sociales, économiques et environnementales de l’ensemble des utilisateurs de la terre »

2. Est-ce une pratique
innovante ?

Cultiver avec les arbres combine l'innovation, le savoir-faire et un retour à l'évidence. Les systèmes agroforestiers sont ancestraux, variés, présents partout dans le monde.

En Europe, certains systèmes se sont maintenus : sylvopastoralisme, pré-vergers, bocages, cultures intercalaires en vergers fruitiers, truffiers, noyeraies, vigne... Certains sont à (re)construire, d'autres à inventer, avec les dynamiques de réseaux autour de la conservation des sols (TCS, semis directs…).
Il n’y a aucun profil-type d’agriculteur agroforestier.

3. Quels
bénéfices pour l’agriculteur ?

Améliorer les capacités de production agricole, sortir de la précarité énergétique, diversifier les produits.

L’agroforesterie consiste à planter ou laisser pousser spontanément des arbres pour valoriser les ressources d’un milieu, en agissant positivement sur des facteurs de production aussi déterminants que l’eau, le sol, le climat, la biodiversité…

- C’est aussi pour l’agriculteur qui stocke du carbone, une diversification de produits et de revenus avec les fruits, le fourrage, les nombreux usages du bois.

- Les services fournis par les arbres (actions anti-érosives, habitats et nourriture pour les auxilliaires de culture, paysages, fertilité des sols et matière organique, ressources en litières, paillages, bois-énergie…) sont perceptibles en quelques années seulement.

- Les arbres constituent un excellent capital sur pied, qui donne de la valeur à l’exploitation.

- Des études de l’INRA ont montré que l’on produisait plus en associant arbres et cultures qu’en séparant les deux.*

Quelques exemples :
- EAU : les racines des arbres filtrent l’eau dans les profondeurs du sol, limitant les pollutions dans les nappes.
- SOL : la biomasse des arbres, riche en lignine, contribue à former un humus stable et fertile.
- CLIMAT : les arbres créent un micro-climat à l’échelle de la parcelle (ombre, actions brise-vent). Ils protègent cultures et animaux des excès climatiques (chaud, froid, tempête, inondation, sécheresse). Ils stockent du carbone, et réduisent les émissions de gaz à effet de serre.
- BIODIVERSITE : les arbres structurent des habitats semi-naturels, qui abritent une faune et une flore diversifiées indispensables à l’agriculture (pollinisation, lutte contre les ravageurs). Ils créent des ressources et maintiennent une trame écologique, évolutive dans l’espace et dans le temps.


4. Pour quelles cultures, quelles
pratiques ?

L’agroforesterie vise à optimiser l'espace, produire plus et mieux, et dans cette perspective, l’arbre a partout sa place :

L’arbre est un outil de production et d’aménagement profitable à toutes les échelles, sur tous les sols, pour tous les enjeux de territoire (développement économique, réouverture de milieux abandonnés face à la déprise agricole) et tous les systèmes de cultures : grandes cultures, maraîchage, viticulture, bois patûrés, élevage ovin, bovin, volailles…

Retrouver une culture de l’arbre passera par une agriculture de l’agronomie et par les nouveaux usages du bois : la redécouverte et l’adaptation des savoirs paysans (arbres-têtards…) est en marche.

5. Où sont les
filières de produits agroforestiers ?

Il n’existe pas à ce jour de produits « agroforestiers » valorisés comme tels, même si plusieurs filières élevage intègrent l’arbre dans leurs cahiers des charges : le célèbre Pata Negra, jambon cru de la Dehesa* espagnole , le Porc noir de Bigorre, le Porc Basque ou certains parcours volaille. Plusieurs organismes travaillent actuellement à la création d’un label officiel.

6. Quel appui
technique ?

Chaque projet d’agriculteur est unique. Il est conçu en fonction des pratiques culturales, des contraintes, des objectifs de production (récoltes annuelles et bois). Il doit aussi s’inscrire dans une logique de territoire (filières, paysages…), et pouvoir évoluer dans le temps.
Il s’agit de bien définir les itinéraires techniques, choisir les essences et l’emplacement d’arbres (souvent des feuillus précieux ou des fruitiers) adaptés aux conditions pédo-climatiques.
Construire un projet requiert des compétences spécifiques, à la croisée de l’agriculture et de la foresterie, d’où l’importance du (futur) métier de conseiller agroforestier, pour accompagner les agriculteurs (diagnostic, suivi des aménagements) et garantir la réussite du projet (préparation du sol, plantation, paillage, protection des plants, taille de formation, entretien…)

Quelques préconisations, données ici à titre indicatif :

- s’appuyer sur l’existant (régénération naturelle assistée), les bandes-tampons, et réhabiliter la ronce.

- envisager une densité d’environ 50 arbres plantés à l’hectare pour des alignements intraparcelaires, avec 7 à 8 mètres de distance entre les plants pour un bon compromis (croissance de l'arbre / accès à la lumière pour les cultures). La distance entre les lignes est généralement déterminée par le passage des engins agricoles.

7. Combien ça coûte
(argent, temps)?

Tout varie selon les situations. Le prix de revient d’un jeune arbre agroforestier oscille entre 15 euros et 20 euros (conseil et suivi, fournitures de plantation). Les prix augmentent pour des essences fruitières.
C’est certainement la plantation qui demandera le plus de temps.
Pour 50 arbres à l’hectare, compter :
- une demi journée pour la préparation
- une journée à 3 ou 4 personnes pour la plantation (avec paillage, protections etc.)
La taille des arbres demandera quelques heures par an les premières années puis une demi-journée par an et par hectare pour des élagages d’arbres déjà formés.

8. Un agriculteur en
fermage a t’il le droit de planter des arbres ?

Du fait de leur statut agricole, les parcelles agroforestières relèvent du régime foncier et fiscal agricole si les densités n’excèdent pas les 200 arbres à l’hectare. C’est donc le bail qui précise les ententes entre le bailleur et l’exploitant, concernant la coupe des arbres et le produit de cette coupe.
Par ailleurs, pour faire un aménagement agroforestier (arbres et cultures, bois pâturés…) sur une parcelle qui a un statut forestier, il faut effectuer une demande de changement d’usage des sols en DDT.

9. Quelles sont les
aides financières ? L’agriculteur peut- il perdre ses aides de la PAC ?

En tant que parcelles agricoles, les parcelles agroforestières sont éligibles aux aides du premier et du second pilier de la PAC.
Il n’y a aucun risque de perdre les aides, si les densités réglementaires sont respectées. Attention toutefois au cumul des aides couplées pour les fruitiers notamment, telles que les primes pour fruits à coques : dans le cadre d’une association à une culture, il faudra choisir une des deux primes seulement.
Au sein du second pilier, il existe des mesures de soutien relatives à l’agroforesterie. C’est aux régions et départements qu’il revient d’activer et de définir leurs modalités, notamment la mesure 222 d’aide à la plantation.

10.
Qui contacter ?

Pour du conseil et de l’appui à la réalisation d'un projet agroforestier, vous pouvez vous rapprocher d’un opérateur technique local (association, structure de conseil, chambre d’agriculture…)
Pour bénéficier d’aides financières publiques, il faut s’adresser à la DDT (Direction Départementale du Territoire).
Des organismes privés proposent aussi des programmes de financements.

Plus de renseignements : AFAF / téléchargez la version PDF


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* ICRAF: Centre Mondial Agroforesterie

* L’expérimentation INRA sur un système blé-noyers à Restinclières (Hérault) a montré qu’une parcelle agroforestière de 100 ha pouvait produire autant de biomasse (bois et produits agricoles) qu’une parcelle de 136 ha où arbres et cultures auraient été séparés, soit un gain de 36%.

* Dehesa : système agroforestier traditionnel couvrant 4 millions d’hectares en Espagne et au Portugal. Il associe chênes verts, chènes-liège avec l’élevage ou la céréalicuture. C’est un des exemples les plus remarquables d'adaptation d'un modèle durable et très productif à des conditions pédo-climatiques difficiles.

Champ - contrechamps

Voici deux images d'un îlot agricole. Même espace, même potentiel agronomique, mais les orientations et les perspectives de production, la gestion de l'espace, les usages sont très différents.


La première illustration décrit l’agriculture actuelle : exploitation des ressources et dégradation progressive des milieux. Le terrain est nu, pas de couverture protectrice du sol, pas d'éléments fixes pour maintenir le sol, l’eau et la biodiversité. Les rendements agricoles stagnent et les efforts mis en œuvre pour les obtenir aggravent les problèmes environnementaux : pollution et diminution de la quantité d’eau disponible, érosion des sols, chute de la biodiversité, dysfonctionnement micro-climatique. A terme, la productivité agricole chute jusqu’à enclencher un processus de désertification : ce paysage n’est ni viable ni durable car l’agriculture prélève les ressources sans renouveler ses capacités à produire.

La seconde illustration représente une agriculture beaucoup plus féconde. Le sol est protégé en permanence par une couverture végétale (cultures, intercultures, arbres), ce qui accroît la capacité du milieu à valoriser et à mettre en réserve les ressources naturelles (sol, eau, énergie solaire, biodiversité…). La plante et notamment l’arbre sont un facteur d’amélioration considérable du sol, ils sont capables de « l’aggrader », de développer rapidement sa fertilité. On y produit autant voire plus de denrées agricoles et alimentaires, mais aussi d’autres formes de biomasse, dont du bois. Cette agriculture est utile à tous : au lieu de dégrader l’environnement elle l’enrichit, au lieu d’amenuiser les ressources vitales, elle les accroit. Le génie végétal est au service de la qualité des eaux, des ressources naturelles, de la biodiversité, des paysages, et le tout profite directement à l'agriculteur mais aussi à l'économie des territoires. C’est une agriculture résolument tournée vers l'avenir.