Cultiver du cacao sous couvert forestier en Martinique
Produire du cacao tout en préservant la forêt : c’est le principe de cette expérimentation menée en Martinique, où cacaoyers et arbres forestiers cohabitent au sein d’un même système. Une approche qui associe production agricole, gestion durable du couvert et maintien des fonctions écologiques de la parcelle.
En Martinique, l’Association Française d’Agroforesterie accompagne la mise en place d’une cacaoyère sous couvert forestier sur une ferme au Lamentin. L’objectif consiste à associer une production agricole à un couvert forestier existant, pour valoriser une forêt déjà existante tout en répondant aux besoins en ombrage des cacaoyers. Sur une parcelle boisée de 4 hectares, 2 hectares ont été aménagés pour accueillir des jeunes plants, tout en conservant une partie importante du peuplement forestier.
Ce projet constitue une expérimentation concrète de l’agriculture sous couvert forestier, une forme d’agroforesterie qui cherche à concilier production agricole, maintien des arbres et préservation des fonctions écologiques de la parcelle.
Une cacaoyère au cœur d’une forêt existante
La parcelle est composée d’un peuplement forestier dominé par le mahogany, le pois doux, le bois côtelettes et le bois canon.
Avant la plantation, il n’a donc pas été question de défricher la parcelle. Un travail de gestion sylvicole ciblée a été réalisé afin d’adapter progressivement le couvert aux besoins des jeunes cacaoyers.
Les interventions ont notamment permis :
- d’éclaircir ponctuellement le peuplement forestier
- d’ouvrir des cloisonnements pour permettre l’accès et la circulation
- de préparer les emplacements destinés aux cacaoyers
- de nettoyer le sous-bois avant la plantation
- de conserver un couvert forestier fonctionnel
L’objectif est de trouver un équilibre entre lumière disponible pour les cacaoyers et maintien de l’ombrage forestier, particulièrement important durant les premières années de développement des jeunes plants.
Le projet prévoit l’implantation de 400 cacaoyers sur 2 hectares, soit une densité de 200 plants par hectare. Cette organisation permet de conserver la structure forestière de la parcelle tout en créant les conditions nécessaires au développement d’une nouvelle production agricole
Et après la plantation ?
La plantation ne constitue que la première étape. Un suivi est prévu pour accompagner la reprise des jeunes cacaoyers et adapter progressivement la gestion de la parcelle.
Les prochaines interventions comprendront notamment :
- le désherbage autour des jeunes cacaoyers
- le suivi de leur reprise et de leur développement
- des éclaircies ponctuelles du couvert si nécessaire
- une taille de formation des cacaoyers entre 12 et 18 mois
- le remplacement éventuel des plants qui ne reprendraient pas
La gestion du couvert forestier devra également tenir compte de la régénération naturelle qui peut se développer après les éclaircies. L’augmentation de la lumière favorise en effet la germination de nombreuses espèces, ce qui peut créer une concurrence avec les jeunes cacaoyers.
Un projet qui associe production et fonctions écologiques
L’agriculture sous couvert forestier permet d’envisager la production agricole autrement : produire au sein d’un écosystème existant plutôt que chercher à s’en affranchir.
Dans cette parcelle, le maintien des arbres contribue notamment à conserver :
- un couvert végétal et un ombrage pour les cacaoyers
- une structure forestière
- des habitats favorables à la biodiversité
- une couverture du sol limitant son exposition
- une continuité écologique au sein de la parcelle
Le projet s’inscrit ainsi dans une démarche agroforestière où les arbres et la culture agricole sont pensés comme les composantes complémentaires d’un même système.
Un accompagnement technique sur le long terme
L’Association Française d’Agroforesterie accompagne le projet depuis sa conception : diagnostic de terrain, dimensionnement de la plantation, définition des interventions forestières, organisation du chantier, accompagnement à la plantation et suivi post-plantation.
Le projet est également encadré par le Code des Bonnes Pratiques Sylvicoles pour la culture sous couvert forestier, qui permet d’organiser les interventions dans une logique de gestion sylvicole durable : éclaircies ciblées, ouverture raisonnée des cloisonnements et maintien d’un couvert forestier fonctionnel.

Une expérience à suivre
La mise en place de cette cacaoyère constitue une expérience concrète d’agriculture sous couvert forestier en Martinique.
Au-delà de la plantation, le suivi des prochaines années permettra d’observer le comportement des cacaoyers sous couvert, les besoins d’entretien de la parcelle et les interactions entre la production agricole et la régénération forestière.
Cette expérience pourra contribuer à mieux comprendre les conditions nécessaires au développement de systèmes agroforestiers associant production, arbres et préservation des milieux.

Un projet soutenu par deux dispositifs complémentaires
Ce projet bénéficie de plusieurs cadres d’accompagnement complémentaires. Les travaux forestiers préalables, nécessaires à la préparation de la parcelle avant plantation, ont été réalisés dans le cadre de la filière Bois Bocage Martinique.
L’accompagnement technique du projet et la plantation de la cacaoyère ont quant à eux été financés dans le cadre de la mesure d’accompagnement externe de l’Association Française d’Agroforesterie au projet solaire de Coulée Blanche d’EDF power solutions – Création de 2 ha de cacaoyères et création de 1 km de haies agroécologiques.

Ces deux dynamiques contribuent à structurer des projets agroforestiers associant production agricole, gestion durable des arbres et valorisation des paysages agricoles martiniquais.
